Deux heures de vol plutot agreables au dessus de la Cordillere des Andes nous propulsaient a Calama. Si impatients de decouvrir San Pedro de Atacama et ses environs, nous sautions dans un minibus pour rejoindre au plus vite cet oasis dans le desert le plus sec du monde. Il faisait nuit, il faisait froid et le ciel etait crible d'etoiles. Il y en avait tellement qui filaient qu'on ne savait plus quel voeu faire ;-) Ici les conditions sont si optimales pour l'astronomie que le plus ambitieux radio-telescope que le monde n'ait jamais connu est en train de se construire a 40km a l'est de San Pedro. Il sera termine en 2001 et ses 64 enormes antennes de 12m de diametre chacune simuleront un impressionnant telescope de 14km de diametre. Une heure trente plus tard, nous arrivions. Toutes les rues de cette petite ville de 5000 habitants a 2400m d'altitude sont faites de terre sablonneuse et les maisons sont en torchis. Les visages burines se fondent dans le decor pour un depaysement total. C'est dans cette cite isolee, a demi eclairee et semblant deja endormie, que nous allions nous coucher sans avoir meme la force de passer par la case douche. Mais comme dirait le grand philosophe Jacquouille la fripouille, a quoi bon puisque nous avons pris un bain dans la riviere le mois dernier ;-)
Des le lendemain nous allons decouvrir la "valle de la Muerte" et ecouter les crystaux de sel eclater au changement de temperature (ca faisait comme quand il pleut sur un toit de taule). Nous allons ensuite aux "Tres Marias", statues naturelles se dressant au milieu du plat desert, et pour finir cette excursion en beaute, nous assistons, assis sur une dune de sable geante, au coucher du soleil sur la "valle de la luna". En effet cette vallee usee et modelee par les elements naturels et les annees a pris des airs lunaires. Le plus beau ce n'est pas le coucher du soleil mais tout ce degrade de couleurs rosees, pourpres et violacees sur le dos des montagnes. Et ce soir, c'est le defile de mode! Mesdames les montagnes changent de tenues toutes les minutes. Nous vous laissons admirer les photos qui parlent d'elles-memes. Le soir nous allions manger les sandwishes typiquement chiliens: le completo pour Kindie et le churazco pour Guillaume. La nous rencontrions deux grenoblois fort sympathiques: Laurence et Jerome. Ils habitent dans la rue ou nous avons vecu trois ans. Le monde est petit! Ils sont eux aussi en tour du monde depuis 8 mois et leur parcours ressemble beaucoup au notre. Nous partageons alors des anecdotes, des points de vue, ... et la soiree passe tres vite autour d'un succulent chocolat au lait fait maison (vous savez ce chocolat en morceau que l'on plonge dans du lait chaud avec la petite touche perso de la serveuse: des blancs en neige a la surface).
Le lendemain, a 4h du matin, il est l'heure de partir a la decouverte des geysers del Tatio. Pourquoi si tot? Parce qu'il y a 2h de trajet et nous devons arriver pour le lever du soleil, le moment ou les geysers se reveillent, grace au changement de temperature. Nous sommes a 4300m d'altitude, il fait moins 5 degres, la terre gronde sous nos pieds et des fumerolles sentant le souffre s'echappent. Face a nous, un enorme volcan et sous le sol que nous n'osons a peine fouler, de la lave solide, celle qui fait bouillir l'eau qui s'infiltre sous terre, jusqu'a l'en faire surgir: c'est la naissance des geysers! Et a quelques kilometres de la, il en existe un de bien particulier, qui recueille des conditions optimales pour une baignade originale. En effet, l'eau sort a basse pression, a 85 degres et se jette dans un bassin ou elle refroidit doucement. Nous sommes donc dans un terme naturel a 4350m d'altitude. L'eau est a 35 degres et nous retardons au maximum le moment ou nous allons congeler en sortant de la. Sur le chemin pour aller a la rencontre du pueblo de Machuca, nous apercevons des familles entieres de vigognes et de lamas. Nous apprenons alors qu'il y a 4 camelides dans les Andes: le guanaco que nous avons rencontre en Patagonie et la vigogne dont la laine doree extremement fine etait autrefois destinee uniquement aux empereurs Incas. Pendant des millenaires, les peuples andins utilisaient ces deux especes sauvages pour se nourrir et se vetir ainsi que les deux especes qu'ils ont domestiquees: le lama et l'alpaca. Ce dernier etant particulierement recherche pour sa laine tres fine. Et dans la serie fleur bleue, il faut savoir qu'une histoire d'amour entre une vigogne et un guanaco donne un petit lama; et petit lama une fois devenu grand, s'il est epris d'une jolie vigogne et que celle si lui dit "oui", alors bebe alpaca naitra.
Aujourd'hui les especes sauvages sont protegees, surtout la vigogne qui a quasiment disparu pendant la colonisation espagnole. La decouverte du village de Machuca, ses maisons de terre aux toits de paille et sa chapelle pittoresque, fut aussi prenante que celle des geysers. Nous avons beaucoup aime les petites croix colorees sur les toits, les panneaux solaires, les brochettes de lama et l'infusion de chachacoma, une plante permettant de lutter contre le mal de l'altitude. Sur le chemin du retour, nous croisons de magnifiques cactus, plus grands que Guillaume! Charlie, ne souffrant pas du mal de l'altitude, s'est envole et pose au dessus d'un cactus. Surpris par les epines, il a degringole en "coincouinant" et c'est alors qu'il s'est luxe l'aile droite. Mais pas de quoi s'inquieter, Charlie va beaucoup mieux, nous l'avons bien chouchoute.
Nous n'avons encore jamais vu d'elephants roses, mais ce jour la nous avons bien vu des lapins verts et jaunes, les viscaches.
Nous rentrons au bercail. Laurence et Jerome nous rejoignent pour aller diner. Nous commencons le repas a la chandelle. Les coupures d'electricite ont du bon. Et quand des tourdumondistes se croisent, ca papote dur! Demain, ils partent en Bolivie. On se donne rendez-vous a Grenoble en sachant qu'on se reverra surement avant la fin du voyage. Le lendemain, nous partons pour le troisieme plus grand salar du monde. Ce desert de sel s'etend sur une centaine de kilometres. Il est grandiose avec tous ces flamants roses qui vivent au milieu du salar, dans la laguna Chaxa. Il y en a 3 especes: les flamants des Andes, les flamants du Chili et les flamants de James. Ils sont roses car ils se nourrissent de minuscules crevettes (3mm) riches en betacarotene. La femelle ne pond qu'un oeuf par an. Dans les environs, il y a des mines de lithium, metal tres recherche car utilise dans de nombreux domaines. Par exemples, dans les batteries de nos appareils photos, dans les medicaments anti-depressifs, dans les ecrans plasma,... Nous allions ensuite visiter le village de Socaire ou les professeurs de l'ecole primaire ont accepte que nous entrions. Les eleves se preparaient a celebrer la bataille navale d'Iquique, le 21 mai. Nous avons donc assiste a un defile en musique, admire les decors bientot prets et visite les classes. Apres une heure de marche, entoures de paysages d'une rare beaute, nous allions pique-niquer au bord des lagunes Miscanti et Miniques. Au loin, le desert de sel et autour de nous, d'imprenables volcans dont le Licancabur et le Lascar. Oui, il y en a beaucoup car sur la fine langue de terre qu'est le Chili, se concentrent 10% des volcans actifs de la planete. Puis nous allions marcher dans la vallee que les "pueblos de Toconao" ont baptisee: le paradis perdu, avec ses arbres fruitiers et son eau pure qui provient de la fonte des neiges et qui s'ecoule ici en plein desert. Le soir, dans le village de Toconao nous assistions a la repetition du defile de l'ecole, toujours pour la fete du 21 mai. Aujourd'hui nous avons rencontre Isabelle, une parisienne, qui nous propose d'aller boire un pisco sour, boisson traditionnelle chilienne et peruvienne. Le patron du restaurant nous parle de la periode de dictature. Les chiliens ont beaucoup souffert pendant ces 17 annees (1973-1990). Mais comme ils disent, aujourd'hui les tortures, la repression, les meurtres d'opposants, c'est termine. D'ailleurs pour les chiliens, le 11 septembre a autant de significations que pour les nord-americains. Et pour cause, il s'agit de la date du coup d'etat militaire de 1973 qui placa Pinochet au pouvoir.
Le jour suivant, nous allons visiter le musee de San pedro qui retrace l'histoire des indiens Atacamas. La ville doit ce musee et de nombreuses decouvertes sur ce peuple au pretre jesuite Gustave Le Paige, un belge passionne d'archeologie.
A 10h30, nous partions pour Calama ou nous passions l'apres-midi avant de prendre un bus pour Iquique (au nord du Chili) a 22h. Nous arrivions a 5h du matin et deja n'avions plus l'impression d'etre au Chili. Nous nous sentions en Bolivie. Adieu au beau et accueillant Chili!
Nos premiers pas en Bolivie dans la prochaine newsletter...
Gros bisous a tous de vos boliviens ;-) |